Je ne sais pas si mes chroniques vous manquent, mais je dois vous avouer ma frustration de ne plus trouver le temps d’en écrire à intervalles réguliers pour trouver un exutoire aux pensées nombreuses et obsédantes qui encombrent mon esprit et mes nuits d’insomnies. Chronique, chronos, le temps, toujours le temps !
Je me lance donc enfin dans une nouvelle chronique au détriment d’autres tâches dont celle, essentielle, de la poursuite de cet essai qui avance aussi lentement que le temps passe vite. Il faudrait donc qu’elle soit aussi courte que possible !
Les Jeux, les guerres, la France ingouvernée, le jour du dépassement qui avance maintenant au 2 août et les températures infernales qui se manifestent ici ou là à travers le monde, les sujets ne manquent pas !
Pourtant, je voudrais m’attarder un peu sur les deux premiers sujets car ils représentent ceux qui en cette période estivale mobilisent le plus la sphère médiatique.
Autour de nous, y compris au niveau familial, nombreux sont celles et ceux qui se passionnent pour les épreuves des JO de Paris. Rien que de très normal en cela, pourvu que le temps d’inactivité passé devant les écrans soit compensé par une activité physique conséquente !
Mais pourquoi faut-il que si souvent je repense au visage de Hind, adorable petite fille de six ans qui, blessée, a pendant plus de trois heures supplié que l’on vienne la secourir dans la voiture ou elle avait pris place avec sa famille en tentant de fuir la ville de Gaza et qui fut prise pour cible par les militaires israéliens, laissant Hind seule survivante. Elle sera retrouvée morte avec les autres membres de sa famille 12 jours après dans cette voiture à côté de l’ambulance venue la secourir et qui a elle-même subi les tirs de Tsahal, provoquant la mort des deux ambulanciers et la destruction totale du véhicule. Cette histoire, parmi des centaines et des milliers d’autres que l’on ne connaîtra jamais, a fait le tour des réseaux sociaux au tout début des massacres engagés par Israël depuis octobre 2023 pour venger les victimes de l’attaque du Hamas.
Alors je me demande si le divertissement exceptionnel que proposent les Jeux peut être goûté dans sa plénitude alors que les populations de certains pays qui ont pu envoyer des délégations de sportifs à cette manifestation subissent les affres de la guerre, de la misère ou de l’oppression.
Je m’interroge également sur le rôle des Jeux Olympiques modernes qui se limite de plus en plus à l’organisation hors de prix – on parle ici de quelque 12 milliards d’Euros – de grands spectacles sportifs, mais qui ont totalement occulté ce principe des Jeux antiques, à savoir de mettre les conflits armés à l’arrêt le temps des épreuves.
Or, le Comité olympique international n’a pas exigé des pays souhaitant envoyer des délégations aux JO et qui sont engagés dans un conflit armé qu’ils cessent toute confrontation pendant la durée des Jeux, droit que le CIO peut tout à fait exercer. D’ailleurs, n’a-t-il pas tout simplement interdit à la Russie d’envoyer une délégation ? Mais ne pouvait-il pas plutôt conditionner l’autorisation de participer à cette manifestation à l’observation d’un cessez-le-feu, voire à la promesse d’engager au cours de cette période un cycle de négociations avec l’Ukraine ? Naturellement, les Ukrainiens auraient été soumis aux mêmes conditions dont le respect aurait été garanti par des observateurs des Nations-Unies envoyés sur le terrain.
Le même mécanisme aurait pu s’appliquer aux autres conflits, notamment celui qui oppose Israël à la Palestine. Or qu’aura-t-on vu dans ce cas ? Non seulement athlètes israéliens et palestiniens auront été admis à participer sans conditions, mais les massacres à Gaza se seront poursuivis et certains pays occidentaux auront continué à envoyer des armes à Israël pour poursuivre ce qui ressemble à s’y méprendre à un génocide. Toujours cet irritant « deux poids, deux mesures » !
Et une fois de plus, la question qui se pose est dans quel monde vivons-nous ? Un monde d’inconséquence et d’incohérence des dirigeants de la planète, à de très rares exceptions près, tandis que les populations font souvent litière des sentiments de compassion qu’elles pourraient éprouver pour les victimes des maux de l’humanité, soit par inconscience, soit parce qu’elles ne veulent pas « gâcher leur plaisir » et qu’en même temps, elles pensent qu’elles n’y peuvent rien de toute façon !
Alors je dis à ces personnes-là : imaginez le prestige de ces Jeux et l’immensité de leur exemplarité morale si les organisateurs avaient seulement essayé et, sait-on jamais ? peut-être obtenu de faire taire les armes pendant quelques semaines, et qu’il n’y plus d’enfants comme Hind qui meurent de terreur avant de mourir complètement… Et tout le monde aurait pu savourer avec plus de sérénité la grande fête des Jeux. Mais peut-on encore attendre de la plupart des dirigeants actuels de la planète qu’ils soient en mesure de nous réserver de bonnes surprises ?
Essayons quand même à titre individuel de réserver un peu de place à la compassion pour ceux qui souffrent à côté de la passion que nous pouvons éprouver actuellement pour les JO !